
Le 14 septembre 2008 à 20:53,
Joachim a écrit :
Ironie ou copier coller des critiques élogieuses de ce film ? Dans ce dernier cas, un bel exercice de déconstruction distanciation qui arrive à faire voir le revers des éloges creux. Je dis cela d’autant plus volontiers que j’ai la faiblesse de beaucoup aimer ce film, sans parvenir à écrire dessus.

Le 14 septembre 2008 à 23:45,
Sébastien Carpentier a écrit :
Je goûte trop peu l’ironie pour en user moi-même, Joachim, et je rêverais de lire partout ailleurs ce que j’écris ici. Ne voyez donc dans ces quelques lignes que l’expression lapidaire d’un enthousiasme sincère.

Le 15 septembre 2008 à 11:21,
Joachim a écrit :
Ah bon, alors dans ce cas, ne prends pas mal ma première réaction. Mais j’avais cru lire, in fine, dans ta critique, l’idée qu’"on ne pouvait pas être contre" ce film, ce qui pour ma part pose question. Cela dit, le Dardenne est peut-être le mauvais exemple sur lequel ferrailler et que c’est toujours infiniment plus difficile d’écrire une critique élogieuse qu’une critique disons plus circonspecte.

Le 15 septembre 2008 à 15:14,
Sébastien Carpentier a écrit :
Je n’avais effectivement pas compris la question, qui est intéressante.
Les Dardenne sont à ma connaissance les réalisateurs les plus célébrés de tous les temps : deux palmes d’or, un prix du scénario, de nombreux prix d’interprétation, etc. Même s’ils ne déchaînent pas (hélas) l’enthousiasme des foules, leurs films bénéficient d’une grande visibilité et sont toujours présents à Cannes – dont l’ambiance strass & paillettes jure quelque peu avec ces œuvres à vocation fortement sociale.
Dans un tel contexte, contre quoi, contre qui défendre Le silence de Lorna ?
Eh bien, non seulement contre l’indifférence du « grand public », mais aussi contre tous ceux qui retournent contre les Dardenne les honneurs qui leur sont faits : j’entends de plus en plus souvent (en fait depuis L’enfant) des voix s’élever contre un cinéma qui ne montrerait que des « pauvres qui font la gueule » (F. Bégaudeau dans l’émission de F. Beigbeder sur Canal +), qui serait trop primé pour être honnête, qui tournerait en rond, se répéterait.
Or non seulement la mise en scène des Dardenne n’est pas figée, mais je pense que c’est leur fidélité, film après film, à leur morale et à leur vision du monde – malgré la reconnaissance internationale, malgré la possibilité qu’ils ont désormais d’intégrer un cinéma plus commercial et plus consensuel – qui mérite l’admiration.
Je reconnais bien sûr le droit de ne pas aimer Le silence de Lorna (ne serait-ce que pour ne pas me fâcher avec beaucoup de gens !), mais estime que les arguments des « récalcitrants » se résument trop souvent à des procès d’intention.

Le 18 septembre 2008 à 21:19,
Arnaud a écrit :
Bonjour,
J’ai un peu de mal avec le Silence. Tout comme avec l’Enfant d’ailleurs. La fin de ces films me semble venir comme un mécanisme dont le déclenchement est programmé à l’avance, un mécanisme dont on découvrirait la présence in fine. Comme si, contre toute logique, quelque chose dans le tour que prennent le récit et la mise en scène dépossédait les personnages de leur autonomie et de leur responsabilité.
Dans le Silence, le problème c’est l’hypothèse de la folie qui permet certes de refermer le film ( avec la reprise, dans la cabane, des motifs de l’enfermement et de la disponibilité, autour desquels s’organisaient les scènes ayant l’appartement pour cadre, mais sous une forme inversée : non plus subis mais voulus, assumés) ; ce choix me semble intenable du point de vue moral : car il n’y a plus ni espoir, ni possibilité de résistance dans ces conditions. Difficile de croire que les auteurs aient eu une telle intention, tout de même.
Quand à l’Enfant, il y a l’hommage rendu à Bresson qui me semble avoir servi de modèle pour toutes les scènes finales : Bruno se rend à la police pour rompre la chaîne des compromissions qu’il a tissée toute sa vie, comme avant lui Yvon, dans l’Argent, déclarait sa culpabilité pour enrayer la propagation du mal dont il est devenu la victime et l’agent ; puis il confesse sa misère à son amie venue le visiter en prison, comme l’avait également fait le Michel de Pickpocket - "ô Jeanne pour aller vers toi, quel chemin il m’a fallu prendre." L’impression de "déjà vu" que crée la présence d’un tel modèle me semble tout aussi ruineuse que l’invocation de la folie, car elle soustrait le personnage à sa destinée singulière ; comme si Yvon et Michel prenaient finalement en main le pauvre Bruno !