« Le cinéma dont je parle ici est cette imitation insensée d’une vie insensée, une représentation ingénieuse à ne rien dire, habile à tromper une heure l’ennui par le reflet du même ennui ; cette lâche imitation qui est la dupe du présent et le faux témoin de l’avenir ; qui, par beaucoup de fictions et de grands spectacles, ne fait que se consumer inutilement en amassant des images que le temps emporte.
Quel respect d’enfants pour des images ! »
Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni, 1978
est une horreur, l’un des films les plus antipathiques qui soient : sous le faux prétexte de défendre les petites gens contre les patrons délocaliseurs, les auteurs se plaisent à dépeindre les premiers comme des abrutis finis, des médiocres laids et analphabètes.
Parce qu’ils n’assument jamais vraiment leur beaufitude d’amuseurs pour chaîne cryptée, Kervern et Delépine s’efforcent de camoufler leur mépris de ces aliénés sur le dos desquels s’exercent leurs pauvres effets comiques derrière d’insupportables prétentions auteuristes, et une « poésie de l’absurde » étriquée qui consiste essentiellement à affubler leurs personnages de collerettes de chiens, à les faire rire comme des crétins devant une émission pour enfants, à les faire kidnapper une petite cancéreuse habillée en tutu bleu (dans une suite de scènes qui resteront parmi les plus glauques et abjectes qu’il m’ait jamais été donné de voir).
Que cette saloperie se permettre d’usurper le nom d’une anarchiste communarde, et passe aux yeux de certains comme un brûlot anticapitaliste, voilà qui est tristement révélateur de la pauvreté de la conscience politique contemporaine.
se suit sans déplaisir, pour peu que l’on accepte les conventions du thriller paranoïaque et que l’on soit prêt à passer sur des invraisemblances parfois grossières - mais si l’on y cherche, comme certains journalistes nous y incitent, une critique de l’impérialisme américain, on ne peut qu’être déçu.
En effet, après une introduction où l’on voit le Président des États-Unis ordonner le bombardement d’un village oriental peuplé de civils innocents, le film, comme effrayé par sa propre audace, n’a plus qu’une obsession : réconcilier au nom de leur intérêt commun (la défense de la démocratie, la lutte contre l’ennemi intérieur) le peuple américain et ses dirigeants, tous victimes d’un complot fomenté, non par quelques oligarques, mais par une intelligence artificielle.
Condensant, instrumentalisant et alimentant toutes les peurs contemporaines (technophobie, conspirationnisme, peur du terrorisme), le film est bien sûr représentatif de son époque, mais il trahit surtout l’ambiguïté d’un cinéma hollywoodien qui fait mine de critiquer un pouvoir qu’il légitime par ailleurs, et qui lance des œillades de connivence aux spectateurs cultivés de la côte Est et aux critiques européens tout en prenant bien garde de ne pas s’aliéner le grand public et l’électorat bushiste.
est de loin la meilleure comédie de l’année, cumulant tous les atouts qui devraient garantir un succès public : bien interprétée, bien rythmée, remarquablement bien écrite, et surtout très drôle.
Mais dans un système où un film chasse l’autre sans que le bouche à oreille n’ait le temps de s’installer, où seules les superproductions formatées pour les goûts présumés d’un public méprisé bénéficient d’un peu de visibilité, où les critiques sont trop occupés, lorsqu’ils daignent seulement se pencher sur des cinématographies un peu "exotiques", à encenser des œuvres exsangues (cf. Dernier maquis) plutôt qu’à mettre en valeur les authentiques perles rares, ce digne héritier des meilleures comédies italiennes des années 70 qui porte un regard à la fois chaleureux et sans concessions sur les mœurs et les travers d’un petit village algérien coincé entre les rigidités de ses traditions et sa fascination pour les chimères du mode de vie occidental passera inaperçu, et attirera en tout cas beaucoup moins de spectateurs que des Chtis, un Emmerdeur ou même une Agathe Cléry.
Et c’est très triste.
m’a donné plus de plaisir que je ne m’y attendais : le personnage de « petite vieille rondouillarde et bavarde » que s’est construit la réalisatrice est attachant, et certaines trouvailles sont très jolies, comme les miroirs sur la plage.
Je peine pourtant à partager l’enthousiasme délirant d’une bonne partie de la critique : peut-être parce que je ne suis pas d’une génération qui a connu et qui révère la Nouvelle Vague, que je ne suis pas intimidé par le name-dropping permanent (Harrison Ford, Jean Vilar, Jean-Luc Godard et Jim Morrison, parmi d’autres), que je ne connais pas très bien l’œuvre de Varda, que sa vie personnelle m’indiffère (ses rejetons qu’elle exhibe avec fierté) même si sa douleur de rester seule après la mort de ses proches me touche, et que certaines idées de mise en scène sont moins subtiles que d’autres.
Reste que le film mérite d’être vu : parce qu’il ne ressemble à aucun autre, et qu’il donne envie d’en voir d’autres - ce qui n’est pas rien.
est un joli petit film, peut-être un peu ennuyeux, un peu morne.
On aurait aimé que le réalisateur s’attache plus à décrire le quotidien de cette peintre autodidacte qui malgré son talent ne parvient jamais à changer de condition sociale, ou au moins creuse sa relation avec le marchand d’art allemand, mais la mise en scène et le scénario en restent hélas au stade de l’illustration plaisante mais trop sage.
confirme le talent qu’on avait pu déceler il y a trois ans dans La petite Jérusalem, le premier long métrage de Karin Albou, qui déjà déployait une mise en scène sensible et sensuelle au service d’un scénario remarquablement subtil.
Ici, Albou entremêle harmonieusement des thématiques complexes et ambitieuses (condition féminine, rejet de la colonisation, antisémitisme, frustrations sociales, carcan de la religion et des traditions, résistance et collaboration…) dans le récit d’une amitié chahutée par l’Histoire.
Malgré le manque de moyens – ou grâce à l’épure qu’il impose –, la reconstitution historique est crédible, mais c’est surtout par son attention aux détails, son absence de manichéisme (les deux prétendants ne sont pas réduits au système qu’ils incarnent ou dont ils sont les produits), par sa mise en scène très charnelle et par la qualité de son interprétation (les deux jeunes actrices sont inconnues mais ne devaient pas le rester bien longtemps) que le film séduit et convainc.
est un film populaire coréen : c’est-à-dire qu’il est très généreux avec son public, qu’on n’y sent pas une once de prétention (ce n’est pas un film français) ni de cynisme (ce n’est pas un film américain), et qu’on y trouve l’excellent acteur Song Kang-ho, déjà vu dans The host, Secret sunshine et surtout Memories of murder, et qui est ici irrésistible.
Et pourtant, j’aurais bien de la peine à recommander ce film, car il est réellement abrutissant (plutôt que d’étirer les séquences et de jouer sur l’attente à la manière de Sergio Leone, Kim Jee-woon surcharge chaque seconde de ses deux heures dix de film à grands coups de cavalcades, de fusillades et d’explosions), et car il tombe dans les mêmes travers que l’œuvre précédente du réalisateur, A bittersweet life : esthétisation de la violence, abus de filtres jaunes, verts, rouges, jeunisme (le pseudo-Van Cleef est coiffé comme une star de J-pop, le simili-Eastwood affiche un sourire Colgate et un manque de charisme qui doivent ravir les collégiennes), volonté lourdement affichée d’être cool en toutes circonstances.
Surtout, on peut s’interroger sur la pertinence de pasticher en 2008 le western spaghetti, qui déjà relevait de la parodie et de la subversion des codes du western traditionnel ; dans son entreprise de recyclage inconséquent, le film finit par faire penser à ceux de Tarantino, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour le cinéma populaire coréen.
souffre du même problème que Les bureaux de Dieu : le choix, dans un film dont l’objectif est de décrire une réalité douloureuse et méconnue du public français (ici, le Liban sous les décombres), de faire interpréter le personnage principal par une « star », ce qui complique l’identification ; la présence de Catherine Deneuve dans le rôle de Catherine Deneuve fait écran, je ne peux pas faire mien son regard.
À cette gêne initiale s’ajoute le côté trop conceptuel du film : sa spontanéité est trop fabriquée, la greffe avec le documentaire ne prend jamais vraiment, contrairement au magnifique Ten d’Abbas Kiarostami, autre road movie moyen-oriental qui lui savait faire oublier son dispositif en assumant sa part de fiction.
L’échec de Je veux voir se manifeste paradoxalement lors de ses scènes les plus réussies (la route minée, le trajet de retour vers Beyrouth) lorsque la caméra se laisse déborder par la réalité et se contente d’enregistrer des images d’un pays marqué par la guerre et dont la frénésie de reconstruction masque mal une poignante mélancolie propre aux cimetières.
est une toute petite chose dont la banalité du scénario (ils s’aiment, ils se font du mal) n’est jamais sublimée par la mise en scène – Christine Dory n’est pas James Gray, hélas –, mais le film est tout de même l’occasion de revenir sur Guillaume Depardieu, maintenant que le déferlement médiatique consécutif à sa soudaine disparition s’est un peu calmé.
Depuis le magnifique et sombre Ne touchez pas la hache sorti l’an dernier, Guillaume Depardieu a enchaîné les interprétations mémorables, avec une puissance d’incarnation rarement atteinte dans le cinéma français : en 2008, il illuminait de son apparition Stella, il rendait son personnage (pourtant casse-gueule) de clochard de Versailles pathétique et sublime et parvenait même à sortir à peu près indemne du catastrophique De la guerre ; en 2009, on le verra encore dans deux films, Au voleur et L’enfance d’Icare – il est assez émouvant de voir sur les écrans un acteur fraîchement disparu, comme un fantôme qui resterait hanter les vivants avant de s’évaporer tout à fait.
On sait que je n’apprécie guère les « fils de », et on s’étonnera peut-être que je fasse ici une exception : c’est que Guillaume Depardieu, qui a certainement eu des facilités pour intégrer le milieu du cinéma, a, lui, vécu, que toutes ses compositions (et son physique-même) témoignent d’une vraie personnalité, d’une intensité que serait bien en peine de remplacer la moue boudeuse d’un Louis Garrel ; fébrile, fragile et autodestructeur, Guillaume Depardieu trouait l’écran à chacune de ses apparitions, et l’intensité irremplaçable de son jeu manquera beaucoup.
vient après No country for old men, faux chef-d’œuvre qui a tant bluffé la critique qu’elle fait aujourd’hui mine de s’étonner de la sortie, moins d’un an après, d’un nouvel opus mineur et vain qui porte bien son titre (« À brûler après lecture »).
C’est oublier que c’est tout le cinéma des frères Coen qui est devenu mineur et vain : depuis leurs beaux premiers films, leur humour s’est mué en rictus et leur système tourne en rond : aujourd’hui, ils se contentent de livrer régulièrement en pâture à l’ironie des spectateurs leurs personnages de crétins cupides, sur lesquels s’acharnent leurs scénarios avec un sadisme pénible et facile que résume et trahit le personnage du tueur invincible de No country for old men et sa manie symptomatique de jouer les vies de ses victimes à pile ou face.
Les acteurs s’en donnent à cœur joie, et ils sont suffisamment bons (Clooney et Pitt, notamment) pour faire passer la pilule, mais elle reste amère, et je me demande comment font tous les fans des frères Coen pour ne pas être gênés du regard qu’ils portent sur leurs semblables, et comment font certains journalistes pour voir dans ce mépris systématique, qui n’est jamais dirigé contre un système mais contre le vulgum pecus, une critique de la société américaine ou carrément une « philosophie » ?
est indubitablement très maîtrisé, pourtant j’hésite à crier au génie et même à le recommander : c’est que cette histoire de voyeurisme m’a mis très mal à l’aise, tant il est difficile de s’attacher (et plus encore de s’identifier) à ce personnage opaque qui voue un amour fétichiste et morbide à une jeune femme dont il a assisté au viol, et qu’il drogue pour pouvoir mieux l’approcher la nuit venue.
On est certes loin de l’abject Parle avec elle, où Almodóvar cherchait à nous faire pleurer sur le sort d’un agresseur qui s’occupait si bien de sa patiente dans le coma, qui en était si amoureux, et qui avait l’air si doux et si inoffensif qu’on lui aurait facilement donné le bon Dieu sans confession... mais on s’en rapproche néanmoins : s’il ne passe jamais à l’acte (la main qui s’avance vers le sein découvert sera retirée in extremis), Leon se sert d’Anna pour assouvir ses fantasmes d’ange gardien, la prive de toute volonté et de toute conscience pour mieux se l’approprier, la chosifie, mu par un "amour" à sens unique dans lequel certains critiques, spectateurs et mêmes spectatrices ont cru voir, semble-t-il, un idéal romantique (les pauvres...)
Le film pourrait être vu comme la passionnante (mais dérangeante) étude clinique d’une névrose "ordinaire", mais il joue trop de son ambiguïté fondamentale, et achève de se rendre déplaisant en épousant le point de vue unique de son personnage principal, en transformant son parcours en chemin de croix et en ne laissant à Anna qu’une seule et une unique réplique, qui d’ailleurs ne la rend pas très sympathique.
raconte une histoire toute simple, universelle et intemporelle : un homme rencontre deux femmes, il s’entiche de celle qu’il ne faut pas et il morfle pendant tout le reste du film.
Comme il n’y a rien de politique ni d’idéologique là-dedans, je vais faire vraiment court, et me contenter de signaler que, débarrassée du fatum qui alourdissait ses trois premiers films, la mise en scène très classique de James Gray se révèle d’une grande délicatesse et d’une admirable précision, que Joachim Phoenix est brillant dans un rôle difficile d’amoureux pataud, que certaines scènes sont inoubliables (la danse dans le nightclub), que le film est très beau et qu’il faut aller le voir.
m’a fait vivre une de ces expériences pénibles comme les cinéphiles en connaissent trop souvent : vous savez, quand vous convainquez vos proches d’aller voir un film que toute la presse encense, quand lesdits proches vous font confiance et paient plus de 8 € pour vous accompagner, et que vous vous retrouvez ensemble devant un machin abscons et irregardable.
Alors, on échange quelques sourires forcés (de ceux qui en disent long et qui cherchent à créer une connivence au milieu du désastre), on subit avec abnégation des scènes de reconstitution historique qui semblent le fruit d’un croisement contre-nature entre un épisode de Derrick particulièrement mou et une mauvaise soirée Thema sur Arte, et on essaie de se consoler avec la musique, mais las ! le réalisateur a jugé pertinent de faire jouer du Bach par un harmonica dans un camion, par vingt violoncelles dans un métro vide, puis d’y plaquer des paroles absolument pas d’époque.
J’en veux donc à Pere Portabella, comme j’en ai voulu il y a un an à Alberto Serra pour Honor de cavalliera, désastre artistique et amical comparable, et comme j’en avais précédemment voulu à bon nombre de réalisateurs, pas tous catalans d’ailleurs ; mais j’en veux surtout aux critiques du Monde, de Libération, de Chronic’art, de Positif et des Cahiers du cinéma (pardon à ceux que j’oublie) qui confondent inspiration et prétention, radicalité et hermétisme, réflexion et ennui, et qui, à force, en plus de mon temps et de mon argent, finiront par me coûter mes amis.
, le film, n’apporte rien à Chomsky et cie, la série d’émissions radiophoniques qui en sont à l’origine : Mermet et ses assistants ne savent visiblement pas comment exploiter le média audiovisuel – du coup, ils délayent (les trajets en voiture, purs moments de remplissage), et ils en rajoutent dans l’autosatisfaction ; de même, le choix de la traduction simultanée des propos de Chomsky est pertinent à la radio, mais vite énervant à l’image où l’on se serait bien contenté de sous-titres.
Entendons-nous bien : Chomsky et les autres intellectuels interviewés (Bricmont, Baillargeon) sont passionnants, le travail de Mermet sur France Inter est irremplaçable, et si ce film permet de leur accorder une plus large audience et de faire râler quelques fâcheux au passage, je ne pourrai que m’en féliciter – tout en conseillant à ceux qui ont dépassé le niveau 0 de la critique de la « démocratie » capitaliste de se contenter d’aller (ré)écouter les émissions sur le site non officiel de Là-bas si j’y suis.
est affligé d’un scénario qui en plus d’être prévisible aligne les facilités - ainsi ce choix, pour dénoncer l’inhumanité de la politique bushienne d’arrestation, d’enfermement et d’expulsion des sans-papiers, de la faire s’appliquer aux dépends d’un immigré jeune, beau, talentueux, serviable et toujours souriant.
Et puis je me suis surpris à rentrer dans le film malgré ses défauts, grâce aux acteurs - en particulier Hiam Abbas, dont la beauté, la dignité et la classe folle sauvaient déjà, il y a quelques mois, un film comparable (Les citronniers) d’une aimable insignifiance - et surtout grâce à la retenue exemplaire de la mise en scène, qui ne force ni sur le mélo ni sur les effets comiques et qui adopte, en apparence, la même apathie que son personnage principal, petit prof falot et sans histoire.
J’en viens à excuser le côté "grand public" du film, qui aplanit volontairement sa forme sans trop affadir son propos, qui, cherchant visiblement à s’adresser à un public américain peu au fait du sort réservé aux clandestins dans son pays, lui fait passer son message en douceur, avec l’air de ne pas y toucher mais sans pour autant transiger avec l’inacceptable : en ces temps de cynisme et de tranquille indifférence, la gentillesse militante de ce Visitor est finalement très agréable.
mérite d’être vu pour son formidable matériau : des anecdotes véridiques tirées de consultations du planning familial, toutes complexes et passionnantes, et qui, mises en scène avec une grande simplicité, permettent de réaliser à la fois les limites de cette institution et le caractère indispensable de l’aide qu’elle seule apporte aux femmes de tous âges et de toutes conditions dans la prise en charge de leur sexualité et de leur fécondité.
Le film n’est cependant pas sans défauts (en plus d’un titre totalement inapproprié) : les courtes scènes de transition m’ont semblé inutiles et ratées, et je reste dubitatif quant à l’intérêt de faire jouer le personnel du planning familial par des « stars », dont l’encombrante présence fait parfois écran aux histoires racontées (d’autant que Nicole Garcia m’insupporte).
Peut-être ce choix s’explique-t-il par le souhait d’attirer les spectateurs ?... en ce cas, c’est hélas complètement raté, le film ayant réalisé, en région parisienne, près de 6 fois moins d’entrées dans sa première semaine d’exploitation que Saw V – à croire que les spectateurs sont plus pressés d’aller apprendre comment on torture les gens que comment on leur vient en aide...
confirme mes craintes : le retour en forme de Ridley Scott avec American gangster était purement accidentel ; le réalisateur britannique reste certes un brillant technicien, mais ses films ne valent rien sans un bon scénario – et on lui en fournit rarement.
Ici, Scott retrouve Monahan – déjà responsable du gentillet Kingdom of Heaven et des Infiltrés, surestimé et inutile remake américain d’un brillant polar de Hong-kong –, et ensemble ils nous pondent le film plus dispensable de la série des « Hollywood au Moyen-Orient ».
Ennuyeuse (c’est long et on n’y comprend rien), irregardable (le montage épileptique donne mal à la tête), ridicule (l’histoire d’amour téléphonée avec la jolie infirmière syrienne fait peine à voir) voire nauséabonde (le côté donneur de leçon de tolérance s’accommode mal des caricatures d’Arabes qui parsèment le film), cette superproduction prétentieuse est un ratage spectaculaire, qui ne séduira que ceux qui mélangent confusion(nisme) et complexité.
est certes formellement insignifiant en plus de n’être pas vraiment drôle ; il se suit cependant sans déplaisir grâce à un scénario efficace (à défaut d’être très très fin).
Le film vaut surtout comme révélateur de l’époque : fait assez nouveau, à ma connaissance, dans le cinéma populaire français, les multinationales sont clairement montrées comme les ennemis des « petites gens », ici constitués en un panel sociologique un peu lourdaud (l’Arabe/la Femme/l’Homo/le Jeune).
Les scènes les plus réussies (les retournements de veste du chargé de la sécurité, le face-à-face avec la P-DGère cynique) sont d’ailleurs celles qui poussent jusqu’au bout la logique antilibérale du scénario, et comme le film a l’intelligence de ne pas se terminer, comme on pouvait le craindre, sur une victoire des gentils héros (qui aurait laissé entendre que la simple persévérance d’une poignée de Pieds Nickelés suffit à moraliser l’économie), il reste recommandable… pour une soirée télé.
constituent de grosses déceptions par rapport aux œuvres précédentes de leurs auteurs, qui abandonnent la touchante délicatesse dont ils avaient su faire preuve pour se perdre dans les travers d’un certain cinéma d’auteur contemporain : image laide, fascination sans distance pour la déchéance physique et morale.
Si My magic est encore sauvé par la relation entre le fils et son fakir de père – relation un peu artificielle, mais qui permet au spectateur de respirer un peu entre deux insoutenables scènes de tortures et de scarifications autodestructrices – , Serbis se complaît tant à exhiber le sale et le suintant (avec la désormais incontournable scène de fellation non simulée) qu’on peine à croire que son réalisateur nous offrait en début d’année, avec John John, l’un des plus beaux mélodrames sociaux vus depuis très longtemps.
Il est triste de constater que la reconnaissance internationale d’auteurs prometteurs (les deux films étaient en compétition à Cannes cette année) se traduit par cette surenchère inutile dans le glauque et le trash, qui pour certains critiques sont gages « d’authenticité ».
permet de vérifier une loi amusante (mais cruelle) : c’est paradoxalement au moment où un auteur traditionnellement surestimé livre enfin une œuvre regardable qu’il est attaqué, et que sa filmographie toute entière est revue à la baisse (sauf ici par quelques publications dont l’extase devant chaque nouveau film d’Allen constitue le fondement de toute la ligne éditoriale).
Moi qui n’ai jamais révéré cet auteur, dont je percevais derrière chaque film (à l’exception peut-être de La rose pourpre du Caire) l’inconsistance, l’autocomplaisance, voire la vulgarité (Maudite Aphrodite, de sinistre mémoire) – sans parler de la pénible connivence forcée qu’il cherche à obtenir de son public « sophistiqué » –, j’ai été agréablement surpris, voire séduit, par cette petite pochade ensoleillée – peut-être parce qu’Allen ne joue pas dedans, et que pour une fois il semble assumer les clichés qu’il filme, et plus seulement les tourner en dérision.
m’a exaspéré au-delà du raisonnable : il faut dire que j’en vois trop souvent, de ces (télé)films français plats, conformistes, désespérément interchangeables et sans autre enjeu que de plaire aux critiques et aux lecteurs de Télérama.
Cette œuvrette-ci, qui a fait déborder le vase de ma patience, est certes inoffensive, mais elle est néanmoins déplaisante en ce qu’elle cache, derrière sa fantaisie appuyée, son intrigue surdialoguée aux ressorts archiprévisibles et son prétexte usé (les affres du dépucelage d’une jeune fille sage de la classe moyenne, éternelle antienne du cinéma français le plus étriqué), une absence de générosité pour des personnages caricaturaux et trop mollement défendus par des acteurs qui, à l’instar de Jean-Pierre Darroussin, tournent trop, et dans n’importe quoi.
ressemble aux films précédents d’un auteur qui ne cesse de confirmer son incapacité à savoir placer une caméra, laisser durer un plan, créer un personnage et instiller une émotion, et qui ne sait que pondre de l’imagerie creuse et laide au kilomètre en l’enrobant de fumeux prétextes historiques, politiques ou écologiques.
Certes, Del Toro est un "designer de monstres" doué, mais une fois à l’écran ceux-ci n’ont pas plus d’épaisseur que les planches de bandes dessinées dont ils sont issus ; dénué de l’empathie bouleversante des premiers films de Tim Burton comme de la noirceur ironique de ceux de Terry Gilliam (à qui personne n’offre un kopeck pour tourner tandis que Del Toro enchaîne les superproductions et jongle avec des dizaines de millions de dollars), Hellboy 2 ne s’adresse qu’aux geeks et aux autistes – qui a dit pléonasme ?
nous sort le grand jeu : on va voir ce qu’on va voir, pas de graisse, pas de psychologie, mais un film d’action à l’américaine... pesante filiation qui a toujours écrasé le cinéma de genre en France (ici, on a même droit à une course-poursuite en voiture dans un désert des États-Unis - une scène tellement cliché qu’on l’espère autoparodique).
Pour efficace qu’il soit, ce premier volet d’un biopic survendu par les médias est avant tout complètement inepte : s’épargnant toute réflexion sur le parcours à la fois atypique et exemplaire de Mesrine en réduisant le personnage à un soit-disant "instinct de mort" qui serait son seul moteur, le film de Jean-François Richet se contente d’enchaîner des séquences dénuées de colonne vertébrale et dont la mise en scène complaisante trahit très vite une suspecte fascination pour le spectacle de la violence - on se retrouve ainsi avec le pire du cinéma franchouillard (Gérard Depardieu en caricature audiardienne) et le pire du cinéma américain, avec les plus mauvais films de Scorsese en ligne de mire.
est une plongée remarquable dans l’enfer ouaté d’un lycée privé américain, dont le scénario et le style évoquent moins Elephant de Gus Van Sant (un peu trop élégiaque à mon goût) que le glaçant Benny’s video de Michael Haneke - où déjà un jeune garçon ne vivait que par écrans interposés et filmait la mort en direct sans laisser transparaître aucune émotion.
Mais le cinéaste ne se contente pas de porter un regard clinique sur une jeunesse anesthésiée par la violence des images véhiculées notamment par internet (tortures et humiliations diverses, pornographie, etc.) : bien plus qu’un film à thèse, Afterschool est aussi le portrait subtil d’un adolescent qui souffre de ne pas souffrir, et qui cherche, en se réappropriant les outils-mêmes qui l’aliènent (magnifique scène de la vidéo-hommage), à retrouver une humanité, à ressentir au lieu de simplement regarder - un personnage énigmatique et complexe qu’Antonio Campos (jeune réalisateur à suivre) a l’intelligence de laisser à la croisée des chemins : il finira soit monstre, soit artiste.
est un de ces films dont on n’a pas vraiment envie de dire du mal, parce qu’ils s’intéressent, comme les français Dernier maquis et Khamsa (voir ci-dessous), à ceux qu’on ne voit jamais ailleurs : les pauvres.
Hélas, comme Rabah Ameur-Zaïmeche et Karim Dridi, le jeune cinéaste américain d’origine iranienne ne fait pas grand chose de sa colère, et se contente du minimum syndical en terme de fiction, comme si enregistrer la misère et l’exploitation suffisait à éveiller l’indignation et l’empathie chez les spectateurs ; la relève des frères Dardenne tarde décidément à apparaître.
colle aux basques d’un personnage énigmatique : un vieux beau à l’apparence inoffensive qu’on va pourtant voir braquer successivement trois écoles, au pas de charge.
Le procédé, décalqué sur le Rosetta des frères Dardenne - caméra à l’épaule, lancée à la poursuite du personnage-titre -, séduit et intrigue pendant un temps, mais comme le film n’a rien d’autre à proposer que ce pauvre matériau fictionnel et ses esquisses de personnages, il finit par paraître bien plus long que ses soixante-sept minutes.
propose, comme remèdes à la déchéance physique et morale et à la vie sans joie du bobo moderne, le repli hors du monde et l’abandon de toute individualité : embrigadé dans une organisation sectaire, Mathieu Amalric va donc « conquérir le plaisir » en se trémoussant comme un pantin désarticulé et en rejouant Apocalypse now en forêt de Fontainebleau.
Si l’on ajoute à la bêtise de cet éloge de l’abrutissement :
- son sérieux papal ;
- la grandiloquence de sa mise en scène ;
- l’autocomplaisance du réalisateur-scénariste, qui donne à son héros son prénom et son métier, le filme sur la tombe de sa propre famille, et reprend des scènes de ses films précédents ;
- ses références pompeuses à Clausewitz, Cronenberg et aux Indiens d’Amérique ;
- l’absence de charisme d’Asia Argento dans le rôle du gourou le moins crédible de l’histoire du cinéma
... on obtient un nanar de tout premier choix, encensé comme il se doit par la critique parisienne (celle-là même qui, trois semaines plus tôt, se gaussait de l’adaptation de La possibilité d’une île).
se distingue de la vague des néo-westerns (L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, There will be blood) par son classicisme assumé et par sa sympathique absence de prétentions.
Le charme du film, qui agit au point qu’on veut bien pardonner la présence d’une Renee Zellweger un peu trop botoxée pour incarner une femme du XIXème siècle, repose essentiellement sur sa capacité à jouer avec les stéréotypes du genre sans jamais s’en moquer ; il parvient ainsi à être confortable pour l’amateur de western, qui se retrouve en terrain connu, et en même temps agréablement surprenant, le scénario empruntant des détours imprévisibles sans jamais cesser d’être cohérent.
se voudrait une satire hilarante du système hollywoodien, ce qu’il parvient à être pendant cinq bonnes minutes (les excellentes fausses bandes annonces et le début du tournage), avant de se contenter d’aligner les gags poussifs.
Mais il y a plus rageant que la faiblesse du scénario et de la mise en scène : en essayant de donner de la profondeur psychologique à des personnages volontairement caricaturaux et en alignant les scènes d’action spectaculaires et les effets pyrotechniques creux, le film finit par sombrer dans tous les travers qu’il entend dénoncer, ce qui réduit considérablement sa portée et son intérêt.
raconte le quotidien, entre rites d’initiation, débrouille et petite délinquance, d’une poignée de jeunes Gitans marseillais livrés à eux-mêmes.
Le film ne semble hélas jamais choisir entre la dénonciation de la violence sociale dont ces modernes Olvidados font quotidiennement l’objet – et qu’ils transforment entre eux en violence verbale et physique –, et l’exaltation d’une jeunesse sauvage, libre, vivante : trop visiblement amoureux de ses jeunes acteurs (comme François Truffaut l’était du Jean-Pierre Léaud des 400 coups), Karim Dridi finit par magnifier, à bien mauvais escient, des personnages aliénés et autodestructeurs.
avait tout pour me plaire : ouvertement politique, montrant le quotidien de l’exploitation du sous-prolétariat contemporain, et osant s’attaquer de front (mais non sans nuances) à l’instrumentalisation de la religion à des fins de contrôle social… sauf qu’il sombre dans les même défauts que le film précédent du jeune réalisateur, Bled number one, où les quelques passages intéressants étaient déjà noyés dans un fatras de séquences sans rythme, sans intérêt, insignifiantes au sens premier du terme.
Rabah Ameur-Zaïmeche sait filmer son décor mais échoue à y insuffler de la vie, et l’impression de gâchis qui domine à la vision d’un film dénué d’une structure narrative forte est encore accentuée par une fin abrupte qui laisse en plan spectateurs et personnages.
n’est pas aisé à recommander – allez donc convaincre des non-cinéphiles d’aller voir un film pratiquement sans dialogues, centré sur un jeune bellâtre oisif dont la seule occupation consiste à regarder, dessiner et suivre des femmes, principalement jeunes et belles ! – mais il va pourtant bien me falloir essayer, car bien qu’a priori elle ne corresponde en rien au cinéma que j’aime (qui est plus narratif que contemplatif), cette œuvre m’a très profondément touché, au point que j’aurais bien du mal à mettre des mots sur mes émotions.
La maîtrise avec laquelle le réalisateur catalan filme Strasbourg – comme un personnage vivant dont il semble non seulement saisir mais également chorégraphier chacune des respirations – et l’attention élégiaque qu’il porte à chaque mouvement, à chaque visage, à chaque regard, relèvent en effet de la grâce pure, et offrent une expérience sensorielle inédite et passionnante.
est l’énième adaptation d’un roman d’Agatha Christie, auteure très en vogue dans un cinéma français visiblement en manque de scénaristes compétents.
Tout comme dans Mon petit doigt m’a dit, du même réalisateur, l’intrigue est ici traitée par-dessus la jambe, et le film ne repose que sur le charme volatil de ses dialogues et de ses interprètes (Catherine Frot prouvant une fois de plus qu’elle est la plus grande – voire la seule – actrice comique française) : c’est peu, mais ça suffit à passer un bon moment.
est une comédie de mœurs anodine, rendue regardable par quelques répliques assez drôles et par l’interprétation de Bacri dans un énième rôle de con sympathique.
Pour le reste, on retrouve les recettes pépères du tandem Bacri-Jaoui : dialogues surécrits, mise en scène purement fonctionnelle et psychologie de comptoir – mais au moins s’abstiennent-ils ici de nous asséner des leçons de morale comme dans leurs épouvantables films précédents (Le goût des autres, Comme une image).
a produit sur moi le même effet qu’une craie crissant sur une ardoise pendant 105 longues, insupportables minutes.
Il est pourtant difficile de rejeter le film en bloc, l’objectif de son jeune réalisateur étant justement de plonger son spectateur dans un état d’exaspération permanente pour lui faire partager la confusion mentale de ses personnages ; un pari cinématographiquement intéressant mais un peu trop réussi à mon goût.
, bien plus qu’un documentaire, est un document passionnant (et glaçant) sur les coulisses du décervelage de masse : en s’insinuant dans les rouages de l’émission Y a que la vérité qui compte, qui reste ce que la télévision a su produire de plus faux cul et de plus manipulateur, la caméra capte les moments où le masque tombe, où se révèle le système orwellien qui cache son mépris du public et son obsession du fric derrière de grands discours humanistes, populistes, désintéressés.
De ce déroutant mélange de tartuferie et de cynisme froidement enregistré par deux documentaristes qui reviennent de loin, on retiendra trois personnages : le producteur de l’émission, fascinante fripouille qui use d’une psychologie de comptoir pour flatter et sermonner ses sbires et pour amadouer ses proies, et qui lâche à un moment cette magnifique sentence : « L’effort de comprendre, c’est un luxe que les gens n’ont pas envie de se payer » ; le coanimateur Laurent Fontaine, petit tyran aux yeux globuleux, terrifié à l’idée que son « public homophobe » se mette à zapper devant certains sujets ; et enfin, une candidate rétive, dont l’absence de charisme, la pudeur, le mystère enrayeront le temps d’une soirée cette terrifiante mécanique.
date en fait d’il y a treize ans, mais ressort aujourd’hui totalement remonté et restauré, son réalisateur estimant que les copies en circulation, en mauvais état et parcellaires, brouillaient la perception du film et rendaient totalement incompréhensible son scénario complexe.
Au vu du résultat (90 minutes de pompiérisme pendant lesquelles je n’ai absolument rien compris de ce qui se passait sur l’écran), je n’ose imaginer l’effroyable ennui que devaient distiller les précédentes versions.
réussit à être mignon tout plein sans être bêtifiant, ce que seul le cinéma d’animation japonais parvient encore à faire.
Même si l’animation est un peu sommaire (on n’est pas chez Miyazaki), cette fable écolo est tout à fait recommandable : je préviens juste les parents qui auraient la bonne idée d’y entraîner leur marmaille qu’au tout début du film il y a une scène un peu gore… qui heureusement ne dure que quelques secondes.
a non seulement suscité chez la critique française des réactions étonnamment indulgentes – imputables à l’effet de mode dont bénéficient actuellement les comédies américaines, y compris quand leur humour plafonne, comme ici, loin au-dessous du ras des pâquerettes – mais également des commentaires surprenants sur son "audace" : figurez-vous qu’on s’y moque du conflit israélo-palestinien !
Las ! il ne s’agit en fait que d’une énième illustration de l’éternel mythe du melting pot américain : tout un chacun rêverait d’abandonner son pays et ses soucis pour aller ouvrir des salons de coiffure aux USA ; ce discours n’est ni nouveau, ni courageux ni pertinent, il est juste totalement crétin, à l’image d’un film qui se révèle beaucoup moins drôle que les âneries qu’on a pu écrire sur lui.
est un petit film burlesque sympathique quoiqu’un peu autiste, comme l’était déjà L’iceberg des mêmes auteurs.
Il a surtout la politesse de ne durer qu’1h15 - ce qui est tout à fait suffisant étant donnée la minceur des enjeux.
, comme beaucoup de films d’angoisse contemporains, sacrifie à l’outrance de ses effets gore son intéressant potentiel psychologique, même si l’épaisseur des ficelles scénaristiques et la grossièreté des scènes d’horreur pure sont ici en partie compensées par une certaine modestie et par une réelle efficacité de mise en scène.
Mais si le film fait très peur sur le coup, il ne suscite aucun véritable trouble, et se laisse rapidement oublier.
, comme le résume son titre "français", nous somme avec un volontarisme agressif d’être heureux, de prendre la vie du bon côté, même si ce n’est pas toujours facile avec tous ces moniteurs d’auto-école paranoïaques et racistes, ces enfants battus et ces gens bêtement conformistes et coincés qui nous entourent.
Les indulgents qui confondent humour et ricanement, gouaille populaire et piaillements vulgaires, fantaisie et niaiserie, émotion et obscénité (la scène avec le clochard), ceux-là sortiront ravis de la vision du dernier film de Mike Leigh - les autres trouveront sinistre cette fable soit disant "sociale" et quitteront la salle de cinéma en faisant la tronche, ce qui, en l’occurrence, constitue le meilleur acte de résistance.
est une œuvre d’une beauté et d’une justesse remarquables, encore mieux pensée, construite, filmée et interprétée que les précédentes qui déjà fonctionnaient sur le même schéma, celui d’une douloureuse prise de conscience... et c’est là une excellente nouvelle : après L’enfant, les irremplaçables frères Dardenne ne se sont pas laissés intimider par les cuistres qui soupirent que "c’est toujours et encore la même chose" devant chacun de leurs nouveaux mélodrames sociaux, leur reprochant à mots couverts de ne pas sacrifier au glamour et de filmer, sans paternalisme ni mépris, des pauvres, des émigrés, des exclus du système.
Les Dardenne font des films de guerre, et c’est par les armes d’un cinéma naturaliste sans misérabilisme, émouvant sans pathos, âpre sans sécheresse, qu’ils rendent leur dignité à ces modernes damnés de la terre trop occupés, pour réaliser leur aliénation, à se bouffer entre eux pour survivre : seuls ceux qui nient ou choisissent de ne pas voir la violence de nos sociétés pourront rester insensibles à la grandeur de ce cinéma-là.
part d’une idée de base séduisante et respectable : créer de fausses images d’archives sur une guerre d’indépendance oubliée (celle des Philippines contre l’Espagne, dans les années 1890), pour en faire revivre la mémoire.
Dommage donc que le jeune réalisateur ait cru bon de sacrifier à l’art son histoire et l’Histoire : malgré d’indéniables qualités plastiques, le film, sans personnages ni récit fort, se révèle prétentieux et assommant d’ennui.
, comme toutes les œuvres de ce réalisateur, conte les boires et déboires de Coréens trentenaires égocentrés dont les seules occupations et préoccupations sont de se bourrer la gueule au soju et d’accumuler les coucheries médiocres et les fiascos amoureux.
Même si cette énième variation, gagnant dans sa dernière partie à se concentrer sur le seul personnage attachant du lot, ne m’a pas paru totalement inintéressante, je persiste à trouver l’accueil critique délirant réservé aux films de Hong disproportionné par rapport à la ténuité de leur propos et de leur mise en scène, et à le mettre sur le compte de la prime à l’exotisme (les réalisateurs asiatiques ont la cote) et de cette satanée politique des auteurs qui exige que l’on se pâme dès qu’un cinéaste creuse douze fois le même sillon.
laisse perplexe : pourquoi le réalisateur du brillant Les démons à ma porte (2000), qui lui avait valu cinq ans d’interdiction de tourner, revient-il avec cette farce inepte à la laideur agressive ?
Risquons une triste hypothèse : ayant compris que les autorités chinoises l’avaient à l’œil et qu’il bénéficiait d’une aura favorable dans les milieux culturels occidentaux, Jiang Wen a choisi de singer les contes hystérico-poétiques d’Emir Kusturica, produisant un film à la fois totalement inoffensif (rien à craindre de la censure) et dont le surréalisme de pacotille serait à même de séduire Le Monde ou Télérama.
raconte le meurtre prémédité et bien mérité d’une fille bête, vénale, manipulatrice, vulgaire, d’une fille dont l’arrivisme et la libido menacent de perturber le petit confort d’un avocat célèbre, d’une fille tellement dangereuse, vous pensez, que le fruste mais fidèle garde du corps, d’origine populaire (quoique monégasque), n’aura d’autre choix pour sauver son employeur de la déchéance que de la précipiter du haut d’une falaise, scellant par ce geste tragique mais inévitable une amitié virile et pudique qui dépasse les frontières de classe.
Mais laissons l’ironie et penchons-nous sur un mystère : on n’imagine pas un cinéaste noir signant un plaidoyer pro-Ku Klux Klan, ni un Juif aux commandes d’une œuvre antisémite ; aussi, comment explique-t-on qu’une femme puisse réaliser et coscénariser un film pareil - qui en plus d’être invraisemblable, mal foutu et de puer le fric et le mépris, étale une misogynie ahurissante ?
, déjà plombé par une réalisation télévisuelle, achève de gâcher l’intéressant suspense installé dans sa première heure en choisissant l’option scénaristique la moins intéressante.
Ce qui tend à prouver que ce n’est pas parce qu’une histoire est vraie qu’il faut en faire un film.
a le mérite d’achever de déglamouriser la Mafia et de montrer sous une lumière crue ses effets mortifères sur la société ainsi que ses tristes ressorts : machisme, xénophobie, exploitation des plus faibles, embrigadement des plus jeunes, intégration parfaite à la société capitaliste dont elle constitue le parfait accomplissement.
Il est d’autant plus regrettable que le film soit raté : si dans sa forme et dans son discours il propose une intéressante critique de la fascination cinégénique pour le pouvoir (la trilogie des Parrain, Coppola, 1972-90) et pour la violence (Scarface, De Palma, 1983) de la Mafia, il n’est hélas ni assez rigoureux dans sa construction pour tenir son ambition de film-enquête à la Francesco Rosi, ni suffisamment fort dans dans sa mise en scène pour susciter la moindre émotion et pour faire oublier les Affranchis (Scorsese, 1990), qui ressort en salles le 20 août et qui fut l’un des premiers films à désacraliser la Pieuvre.
est une réussite d’autant plus miraculeuse (et inattendue) qu’il s’agit d’un premier film : Pierre Schoeller signe ici un modèle d’équilibre et de justesse, parvient à émouvoir avec le quotidien d’une poignée de marginaux en évitant tous les écueils contre lesquels ont sombré ses nombreux prédécesseurs : le tire-larmes (Le Kid de Chaplin), l’esthétisation de la misère (Les amants du Pont-Neuf de Carax), le pittoresque (Une époque formidable de Jugnot) et l’abject (Enfermés dehors de Dupontel).
Quant à l’interprétation intense de Guillaume Depardieu, elle éclipse définitivement le souvenir de Gérard, qui ne sera désormais plus que "le père de" ou encore "le type des pubs Barilla".
, avec une économie de moyens qui force le respect et n’est pas sans évoquer le néoréalisme italien, a le mérite de montrer une Chine gangrenée par la lutte de chacun contre tous, aussi éloignée de l’imagerie officielle que des fantasmes occidentaux : inégalités économiques, combines pathétiques pour assurer la survie au jour le jour, déliquescence morale et sociale.
Hélas, l’absence de pathos du film, bien que louable en théorie, confine à la sécheresse.
, avec l’absence de prétention de sa mise en scène, le classicisme de son scénario et le professionnalisme sobre de ses interprètes, passerait inaperçu à une époque cinématographiquement plus faste mais fait l’effet d’une bouffée d’air frais bienvenue à l’âge des Ocean’s 11, 12 et 13, ses équivalents "bling-bling" et inconséquents.
Cela dit, cet agréable divertissement ne laissera pas un souvenir impérissable.
prouve une fois de plus que le mépris et la peur qu’inspirent les populations rurales à certains cinéastes et à leurs spectateurs des grandes villes est encore bien vivace, près de 30 ans après Délivrance et Les chiens de paille.
Mais contrairement à ses illustres prédécesseurs, le film souffre d’un scénario grotesque qui en rend la vision délectable au second degré.